Rubresus Association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude

TDN AREVA Malvési: « contre-feux » ou « contre-vérités »?

Devant le succès incontestable de la réunion publique organisée le 6/04 dernier devant le Conseil Municipal de Narbonne dans une salle des Synodes pleine à craquer, AREVA qui a décliné l’invitation de Monsieur le Maire de Narbonne, s’est sentie obligée de réagir dans la presse aux inquiétudes soulevées par les experts dans le dossier TDN. En répondant après-coup, sans possibilité d’échanges avec les opposants au projet, la société se soustrait à un débat démocratique essentiel à la compréhension des enjeux par le public et les élus. Elle en profite pour distiller des propos rassurants destinés à semer le doute et à endormir l’opinion publique. Par exemple, en guise de réponse à la crainte de voir rejeter dans l’atmosphère par le TDN THOR du radon, gaz hautement radioactif, le groupe affirme qu’ « il n’y a pas de risque radon sur le site de Malvési, et [que] le process de traitement des nitrates n’en produira pas »( l’Indépendant daté du 8/04/17). Yves Lenoir, expert nucléaire indépendant invité à la dite réunion par Rubresus, tient à apporter les précisions suivantes sur ce qu’il estime être une « incohérence scientifique » :

« Il n’y a pas de risque radon » prétend le représentant d’AREVA. Cette personne semble ignorer que s’il y a radium, il y a radon. Pourtant le rapport d’impact d’AREVA mentionne bien la présence de 0,96 TBq (0,96 milliers de milliards) de Radium et de ses dérivés dans les nitrates. Le radon est le premier dérivé par filiation. Il faudrait qu’un spécialiste explique au « porte parole » ce que recouvre la locution « dérivé ». Le radon, rappelons-le, est un gaz rare sans affinité chimique. Il se trouvera donc mêlé aux autres gaz sortant de la cheminée. L’auteur dira qu’en proportion c’est très peu…(environ 0,00002 mg au total, dissout dans les solutions nitratés à traiter) si on parle en masse, évidemment. Mais si on considère la radioactivité, alors la perspective s’inverse. 

Considérant la présentation du contenu radioactif des bassins et l’absence de toute référence à la radioactivité dans le rapport d’enquête; force est de reconnaître l’efficacité de l’habile maquillage opéré dans le rapport d’impact d’AREVA, où le mot « radon » brille par son absence.

Mais comme sur le plan radioactif, c’est bien le radon et ses dérivés que THOR disperserait dans l’atmosphère, il est essentiel de ne pas évoquer, voire de nier la présence de radon dans les fumées. »

D’autre part, le lobby pro-nucléaire par la voix de la Société Nationale d’Electricité Nucléaire, s’est senti obligé d’allumer un autre contre-feu dans la presse (L’indépendant daté du 7/04/17) en portant une attaque ad-hominem sur Yves Lenoir. Celui-ci tient à rectifier ces insinuations :

« L’auteur du « Contre-feu » insinue que j’aurais participé à une expertise pour un stockage de déchets radioactifs dans une mine de sel (en fait une formation saline intacte). C’est une présentation vicieuse et diffamatoire de la réalité. En effet, le projet comportait deux installations, une immense usine de retraitement (deux fois celle de La Hague à l’époque, en 1978) et, sous l’usine, en profondeur, une installation de stockage de déchets ultra complexe pour tous les produits traités dans l’usine. Face aux oppositions régionales, nationales et internationales, le gouvernement de Basse-Saxe avait décidé d’organiser une grande confrontation (Rede – Gegenrede en allemand) en sélectionnant deux groupes de trente experts, l’un défendant les projets, l’autre les critiquant. 

J’appartenais au second groupe et avais à faire des rapports sur les déchets de faible et moyenne activités contaminés au plutonium et sur la question des chutes d’avion (projet situé sous le corridor aérien Hanovre-Berlin). Nous avions en gros cinq mois pour préparer le dossier. La confrontation publique et retransmise par la télévision fut organisée dans le complexe des expositions de Hanovre lors de la dernière semaine de mars 1979. Chaque chapitre du dossier était examiné durant une demi-journée, sous la présidence du grand physicien Karl Friedrich von Weiszäcker et du président du Land de Basse Saxe, le Dr Albrecht). Quelques semaines après, Albrecht fit savoir que le gouvernement du Land rejetait le projet l’usine de retraitement (qui fut donc abandonné) mais autorisait la préparation d’un site de stockage de déchets radioactifs dans la grande formation saline présente en profondeur.

Comparant les dossiers avec celui de Malvési, et la manière de conduire un débat contradictoire dans notre pays, je m’étonne de la satisfaction affichée par AREVA et la SFEN. Le dossier examiné lors des débats de Hanovre pèse plusieurs dizaines de kilos, avec les contributions d’experts américains, suédois, britanniques, allemands et français, qui n’ont négligé aucun des « détails » analogues à ceux ignorés par le Commissaire enquêteur du projet TDN. Il faudrait que tous ces messieurs fassent preuve d’un peu plus de modestie : la démocratie française est bien loin d’être libérée de l’emprise des groupes de pression technocratiques, n’en déplaise à leurs relais « associatifs » et administratifs, adeptes de l’auto-justification. »


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